Portage salarial ou SARL / SAS : fixez vos priorités avant de choisir

Portage salarial vs SARL SAS

Quand on se lance comme consultant indépendant, ou quand son activité prend de l’ampleur, la question de créer une entreprise se pose souvent. Rester en portage salarial ou passer en SARL/SAS est un choix important. S’engager dans une création de structure juridique est une étape conséquente. Le portage salarial vous permet de prendre le temps de la réflexion.

Le portage salarial est une solution administrative et financière qui vous permet de travailler pour vos clients tout en conservant un statut de salarié. Quand vous décrochez une mission, la société de portage signe un contrat commercial avec votre client sur la base des éléments de rémunération que vous avez négociés. Vous signez ensuite un contrat de travail avec la société de portage dont vous êtes salarié. Vous bénéficiez de la même protection sociale que tous les salariés (maladie, maternité, retraite, assurance chômage…), ainsi que de la RC Pro de l’entreprise, du contrat de mutuelle et de la prévoyance. Vous versez des frais de gestion sur la base des périodes travaillées. Entre deux missions, vous n’avez aucun coût et pouvez, selon les conditions, bénéficiez de l’Assurance chômage.

Créer une SARL (Société à responsabilité limitée) ou une SAS (Société par actions simplifiée) est une solution adoptée par une partie des consultants indépendants. Nous détaillons trois points forts qui devraient vous permettre de prendre une décision. Quand l’on se connait bien soi-même, le choix apparaît souvent clairement.

Première étape : signature d’un CDI ou création d’une SARL/SAS

En portage. Vous n’avez pas à créer d’entité juridique. En tant que consultant porté, vous êtes rattaché comme salarié à la société de portage qui assure l’ensemble des responsabilités de l’employeur. Une fois votre mission décrochée, la mise en place d’une collaboration en portage prend moins de deux jours, le temps de faire signer les contrats aux trois parties. Vous transmettez simplement à la société de portage quelques documents comme lors de toute embauche en CDI (pièce d’identité, RIB, justificatif de domicile, photocopie de la carte vitale…). Vous pouvez changer de société de portage quand vous le souhaitez.

En SARL/SAS. La création d’une entité juridique de type SARL ou SAS nécessite un certain nombre d’étapes, notamment : une déclaration auprès d’Infogreffe, la publication d’une annonce légale, une déclaration de non-condamnation pour les dirigeants, un dépôt des fonds, la création d’un compte bancaire pro, un éventuel rapport du commissaire aux apports sur les apports en nature, la rédaction des statuts…). Ces étapes impliquent souvent le fait de faire appel à l’expertise d’un avocat ou d’un cabinet d’expertise-comptable.

La création de la structure s’accompagne d’un nombre de contrats à souscrire comme l’assurance Responsabilité civile professionnelle, un contrat de complémentaire Santé et des contrats pour compléter la protection sociale légale (retraite, prévoyance, assurance accident du travail…).

La gestion de l’activité : sous-traiter ou faire soi-même

En portage. L’ensemble des documents transmis à votre client, notamment les devis et les contrats commerciaux sont rédigés par la société de portage. Votre principale tâche est de produire, chaque mois, un compte-rendu d’activité mensuel à la société de portage. Cela consiste à remplir une fiche d’une page listant les journées travaillées chez votre ou vos clients. C’est sur cette base que la société de portage va éditer un bulletin de salaire. Vous percevez un salaire dès le premier mois travaillé chez le client, quelle que soit la date de règlement de la facture. La société de portage s’occupe du versement des cotisations sociales, de la gestion de vos frais professionnels (déplacements, repas, matériel…), de la déclaration et récupération de TVA, et des relances en cas d’impayés. Vous n’avez aucune autre gestion comptable que celle de gérer votre budget personnel, comme tout salarié. Vous avez la possibilité de lisser vos salaires sur plusieurs mois si vous effectuez un gros chiffre d’affaires afin de percevoir le montant souhaité chaque mois.

En SARL/SAS. Vous avez la responsabilité de gérer la structure juridique que vous avez créée. Cela implique une gestion permanente de votre comptabilité. Vous produisez à votre cabinet comptable toutes les pièces nécessaires. Vous rédigez les devis et les contrats-clients, éditez les factures et envoyez les documents au bon interlocuteur. Vous devez avoir un fonds de roulement afin de pouvoir vous rémunérer entre la date de réalisation des missions et la date de règlement des factures. Si le délai s’allonge, c’est à vous de faire des relances, et si nécessaire d’engager un recouvrement. Vous êtes en contact avec les administrations (Urssaf, Impôts...) pour le versement des cotisations, la déclaration de TVA et le paiement de l’impôt sur les Sociétés.

Le coût de la gestion comptable, mensuelle et annuelle pour le bilan est le même, quel que soit votre volume de chiffres d’affaires, tout comme les coûts des contrats d’assurance que vous avez souscrits.

Période de chômage : un point crucial à scruter

En portage. À la fin d’une mission, qu’elle soit réalisée en CDD ou en CDI, vous avez la possibilité, en respectant les conditions fixées, de bénéficier des Allocations de Retour à l’Emploi comme tous les salariés. Les allocations sont calculées en fonction du montant du salaire perçu sur les derniers mois. Si vous reprenez une activité après cette période de chômage, vous continuez à percevoir, pendant les mois non travaillés, vos indemnités chômage, jusqu’à épuisement des droits ouverts.

En SARL/SAS. Vous pouvez cotiser à l’Assurance Chômage, en SARL et SAS, si la société comprend au moins deux associés. Pour ouvrir des droits aux Allocations chômage, plusieurs conditions s’appliquent. Vous devez pour cela être salarié de votre structure et associé minoritaire. Vos missions de salariés doivent être distinctes de celles de président pour la SARL ou de gérant pour la SAS. Dans les deux cas,  vous devez prouver qu’il y a un lien de subordination entre vous et le président de la société qui est votre employeur. Cela se matérialise par des instructions que vous avez à suivre. C’est souvent un parcours du combattant. Il n’est pas possible de récupérer les cotisations Chômage déjà versées même si l’ouverture des droits est refusée par Pôle Emploi.

Situation familiale et goût pour la gestion d’entreprise

Votre choix, entre portage et création d’une structure juridique, est à adapter à votre situation personnelle : votre patrimoine et celui de votre éventuel ou éventuelle conjoint.e. S’il, ou si elle, est salarié.e, vous pouvez bénéficier de sa couverture Santé complémentaire d’entreprise.

Pour une période courte, la création d’une structure juridique est déconseillée. Si vous n’avez pas plusieurs mois d’économie devant vous, c’est également risqué. Si vous hésitez, vous pouvez tester le portage salarial pendant quelques mois. Cela ne coûte rien ni de rejoindre une société de portage, ni de la quitter.

Il ne faut pas minorer son appétence à la gestion administrative et financière d’entreprise. Généralement, c’est quelque chose que l’on a ou pas. La gestion d’une entreprise peut prendre jusqu’à 30 ou 40% de son temps que l’on ne consacre pas à son métier et qui ne donne donc pas lieu à une rémunération.